Le blog des éditions Libertalia

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Adresse aux révolutionnaires d’Algérie dans Le Monde diplomatique

mercredi 29 janvier 2020 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Le Monde diplomatique (février 2020).

Nedjib Sidi Moussa propose, dans une édition établie par Charles Jacquier, une sélection de textes situationnistes et postsituationnistes rédigés entre 1963 et 2017, dont la lucidité critique impressionne. Ainsi, le premier, publié seulement six mois après la proclamation d’indépendance, aborde déjà la dérive autoritaire du gouvernement d’Ahmed Ben Bella, qui se veut pourtant le chantre de l’autogestion. Or celle-ci ne saurait être cantonnée à un secteur parcellisé. Selon l’analyse présentée par le deuxième texte, diffusé sous forme de tract au lendemain du coup d’État de Houari Boumediène, le 19 juin 1965, l’autogestion ne peut réussir que si elle est étendue à toute la production et à tous les aspects de la vie sociale. Surtout, comme le mentionne la version longue du titre, « Adresse aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays », toute révolution isolée, « à la soviétique », est pour les situationnistes un leurre, car elle porte en germe sa confiscation par une nouvelle classe d’oppresseurs.

Jean-Jacques Gandini

L’Homme sans horizon dans Lundimatin

mardi 28 janvier 2020 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur lundi.am, le 23 janvier 2020.

« L’homme sans horizon »
À propos d’un livre de Joël Gayraud

« Au-delà des fenêtres de cette maison, les vignes avec des bouquets de vieux arbres et des maisonnettes de guingois s’élevaient jusqu’à la crête arquée des forêts, mais plus près, tout était chaotique, déshérité, dépareillé et comme rongé par un acide, ainsi qu’il en va toujours autour des grandes villes, là où les quartiers extérieurs empiètent sur la campagne. »
Robert Musil, L’Homme sans qualité (trad. P. Jacottet)

L’Homme sans horizon. Matériaux sur l’utopie est un livre de Joël Gayraud paru aux éditions Libertalia à l’automne 2019. Son argument, comme l’indique le titre, est une absence d’horizon définie par une triple clôture : clôture géographique, écologique et historique, la troisième étant selon l’auteur « bien plus angoissante, car elle ne porte pas seulement sur l’extension et la qualité de l’espace comme les deux autres, mais sur l’élément proprement caractéristique de l’être de l’homme, le temps » (p. 13).
Plutôt qu’à un développement systématique, la question de la nécessaire reconquête d’un horizon géographique, écologique et historique est l’occasion d’une succession d’analyses servies par un style sûr et une culture politique, artistique, scientifique, historique, ethnologique et philosophique d’une grande richesse et d’une rare précision. C’est donc un « beau » livre. Et le mot n’est pas lancé au hasard puisqu’à bien des égards, si la réflexion est principalement politique, c’est toutefois dans le domaine de la création artistique que l’auteur semble puiser l’essentiel de son inspiration, comme en témoigne, entre autres, le passage suivant :

« C’est un faux débat de savoir si le peintre des cavernes était un artiste ou un chaman ; ce qui compte pour nous, c’est la puissance de fascination transhistorique de l’art pariétal, qui va bien au-delà des motifs représentés et de l’intention originelle, et en est de ce fait à la fois l’abolition et la perpétuation. De même, lorsque Rimbaud a écrit ses Illuminations, il l’a fait sur un coin de table, en passant, sans leur accorder la moindre importance ; il s’en est fallu de peu que leurs rayons ne nous parviennent jamais ; et la destinée du verbe poétique, dans toutes les langues de la Terre, en fût sans nul doute demeurée plus terne. Il n’est pas jusqu’à certaines œuvres faites pour être détruites qui, lorsqu’un hasard les a sauvées, ne figurent parmi les plus chargées d’un tel excédent imaginal – et là, que l’on songe, entre autres, à ces splendides barques funéraires malangan de Nouvelle-Irlande qui ne servaient que pour la cérémonie mortuaire et étaient ensuite jetées au rebut dans les étangs. Une histoire des métamorphoses de la perception montrerait l’effet décisif qu’a exercé sur le regard des poètes et des peintres à partir de l’époque symboliste – il suffit d’évoquer ici les noms de Segalen et de Gauguin – la découverte des objets rituels éphémères en usage dans maintes tribus primitives. Ici l’excédent culturel a joué le rôle de germe fécondant d’une révolution de l’imaginaire qui n’a cessé de s’amplifier depuis le cubisme jusqu’aux efflorescences lyriques du surréalisme » (p. 113).

L’Homme sans horizon est un livre qui n’est pas lui-même sans évoquer l’une de ces « splendides barque funéraires ». Ce n’est toutefois pas un livre défaitiste, l’enjeu étant bien au contraire de reconquérir un horizon, ce qui non seulement suppose de défaire les clôtures mais aussi de faire preuve de créativité : « Il s’agit de façonner son cadre de vie comme une œuvre d’art » (p. 285). Et pour donner un aperçu des différentes palettes de l’auteur, je propose de donner à lire quelques autres extraits, avant-goût d’un ouvrage de près de 300 pages.
Évoquant la planification de type socialiste, Gayraud signale que son envers libéral est le « programme ». S’ensuit une analyse d’une singulière acuité qui souligne implicitement la manière dont la technoscience, bien loin de constituer un domaine autonome, est sous condition de l’idéologie :

« […] le paradigme moléculaire du programme a envahi tous les interstices de la vie quotidienne, et ce jusque dans les derniers pays où le plan avait été jusqu’alors un outil de propagande et d’adhésion des masses. Le programme, en effet, peut s’appliquer à tout sujet ou fragment de subjectivité selon les situations et les circonstances. Du programme scolaire au programme informatique la différence est minime. Dans les deux cas, il s’agit de traiter un certain nombre d’informations préétablies en un temps limité donné. La sophistication du programme consiste à intégrer la probabilité de hasards, d’aléas, productifs ou non, qui peuvent surgir dans l’exécution de telle ou telle instruction portant sur des données non encore inventoriées ou agencées, comme dans le cas des programmes de recherche scientifique. Le programme peut concerner un individu, une portion de sa subjectivité, ou un groupe social d’une certaine ampleur, à condition qu’il soit doté d’une cohérence prédéfinie. Il a beaucoup plus de chance d’aboutir que le plan car il porte sur des réalités plus finement délimitées. Il contient surtout un présupposé déterministe, fondé sur des recettes ou des procédures déjà expérimentées qui lui assure une forte probabilité de réalisation. Le paradigme génétique et le paradigme informatique s’unissent pour former une fausse conscience du programme qui a investi ces dernières années tous les domaines de la vie physique et morale : ainsi nous serions programmés par nos gènes pour toute la durée de notre vie, de même durant notre existence, nous travaillerons et organiserons nos loisirs et notre quotidienneté à l’aide de programmes informatiques toujours mieux adaptés, nous assure-t-on, à nos désirs et nos besoins. Car le programme informatique a la prétention de satisfaire l’individualité de chacun, tout comme le programme génétique a la prétention d’en expliciter les potentialités. Du programme de développement de l’entreprise, dont l’ouvrier autant que le cadre reste un rouage puisque ce sont les actionnaires qui décident en dernière instance, au programme individuel de réussite sociale, il n’y a qu’une différence d’échelle » (p. 50-51).

Dans L’Immanence des vérités, Alain Badiou, commentant un poème de Paul Celan (« Disque constellé de prévisions, lance-toi hors de toi-même »), écrit : « L’enseignement fondamental de l’œuvre, en tant qu’elle jette au loin, au plus loin, le disque des prévisions, est de montrer à qui s’en inspire qu’il est capable de quelque chose dont il ignorait qu’il était capable, qu’il ne pouvait d’aucune façon prévoir. Hors prévision, votre vraie capacité est en un sens hors de vous-même [1] ». C’est également l’un des fils directeur de la pensée de Gayraud. Ainsi, au sujet de la conception aristotélicienne du cosmos, cet ordre immuable et nécessaire des cieux, il souligne la clôture dont elle est le symptôme et, par différence, pose les bases d’une philosophie de la liberté humaine, dont l’envers est la possibilité du désastre, notamment écologique. Ce faisant, Gayraud paraît réactualiser une controverse médiévale entre partisans de l’éternité du monde et partisans de sa création, mais en des termes qui n’ont plus rien de religieux, ni de dogmatiques, puisqu’il s’agit de poursuivre une critique résolue du « programmatisme » biologique, informatique et social, et d’en mettre au jour les antiques ressorts métaphysiques :

« […] la vision aristotélicienne d’un cosmos immuable ne laisse aucune place à la possibilité pour ce cosmos d’être changé, dans le sens d’une amélioration ou d’une détérioration, menée par l’action d’un de ses composants. Si, pour Aristote, toute essence contient un possible, il n’est aucun possible sans essence préalable et, dès lors, le possible est comme enchaîné à l’essence et incapable de la transformer. Car s’il est vrai que le bois contient le coffre comme possible, l’existence du coffre n’ira pas transformer l’essence du bois. En revanche, dans les affaires humaines, il paraît bien hasardeux de soutenir que le possible est contenu dans l’essence et qu’une cité ne verra pas se développer en elle des possibles qui n’étaient pas contenus a priori dans son essence. Ainsi la réforme démocratique de Clisthène n’était-elle pas contenue comme possible dans l’essence de la cité aristocratique antérieure. Ce possible non inclus dans l’essence d’un être, mais surgissant en quelque sorte dans son dos et s’opposant à lui, ne tire pas sa légitimité du passé constitutif de l’essence, ni du présent de l’existence, puisqu’il lui est radicalement contraire et menace de le renverser. Il tire sa puissance d’une tendance optative dirigée vers ce qui est encore à venir et figure déjà comme souhait, désir ou projet dans l’imaginaire individuel ou collectif » (p. 116-117)

En vue de décrire la condition de « l’homme sans horizon », Gayraud analyse donc, entre autres choses, l’idéologie programmatique et la « vision aristotélicienne d’un cosmos immuable ». Et il recourt également au concept d’entropie, passage d’une élégance percutante :

« S’il est aujourd’hui un sentiment universellement éprouvé, c’est celui de vivre dans une période de l’histoire où tout semble joué, où toute perspective émancipatrice se referme telle une issue condamnée, où rien d’essentiellement nouveau, d’exaltant ni de prometteur n’est donné en ouverture. Les événements ne s’inscrivent plus dans l’historique, mais se succèdent comme une série aléatoire et indéfinie de faits divers, à la causalité opaque, à la tonalité de plus en plus cauchemardesque, destinés à être aussi rapidement oubliés que spectaculairement exposés. Pour reprendre le vocabulaire de la thermodynamique, une telle situation peut être analogiquement définie comme entropique. On sait en effet que ce qui caractérise d’abord l’accroissement de l’entropie dans les systèmes physiques est la déperdition de l’énergie potentielle. Rapportée aux systèmes sociaux, cette déperdition correspond à l’extinction progressive de toute possibilité historique et rend compte des attitudes existentielles qui apparaissent et se répandent à la faveur de cette extinction : nihilisme de la vie quotidienne, sentiment de la vanité de tout, indifférentisme axiologique, fuite dans la consommation hédonistique ou l’idéologie religieuse, autodestruction spectaculaire. D’autre part, toujours selon les lois de la thermodynamique, la dépotentialisation de l’énergie a pour corollaire inséparable la diffusion généralisée de l’énergie cinétique. Ce processus, qui constitue la seconde caractéristique de l’entropie, correspond à la circulation accélérée des flux humains et marchands et à l’homogénéisation des situations : on vit dans des séquences interchangeables qui se fondent en un présent perpétuel, on se déplace dans des espaces de moins en moins différenciés où l’on trébuche à chaque pas sur les mêmes déchets, on reçoit en quantité sans cesse croissante des messages de plus en plus insignifiants. Derrière les fausses originalités affichées, et la customisation dérisoire des gestes et des attitudes qu’elles recouvrent, se dissimule un moi sans consistance effective, une subjectivité d’autant plus faible qu’elle ne peut s’inscrire dans aucun projet historique d’envergure » (p. 159-160).

Reste dès lors à repérer dans le texte de Gayraud un « projet historique d’envergure ». Et il en est un qui est énoncé négativement aux pages 277-278 :

« Mais la réparation de la nature, quant à elle, est une tâche éminemment prométhéenne qui se profile sur le proche avenir. Le problème n’est plus de savoir si cette réparation prendra forme ou non, et donc de faire montre d’optimisme ou de catastrophisme. Elle sera nécessairement tentée, mais par qui et dans quel sens ? C’est ce qui ne laisse pas d’inquiéter. Car si l’on en abandonne la mise en œuvre aux mains des détenteurs de l’Economie, on n’aboutira au mieux qu’à une artificialisation totale de la vie, et au pire – ce qui est le plus probable – à sa destruction. Or prométhéisme n’a jamais été synonyme de capitalisme. Prométhée est une figure mythique contenant un excédent utopique qui le rend encore opératoire pour le présent comme pour le proche avenir. Ce que l’humanité devra accomplir d’authentiquement prométhéen, c’est de se débarrasser du capitalisme lui-même. »

Tel pourrait donc être ce qui bouche l’horizon géographique, écologique et historique de l’homme contemporain : le « capitalisme ».
La difficulté que pose toutefois L’Homme sans horizon réside principalement, à mon sens, dans le motif à la fois figuratif et conceptuel qui en organise la pensée : la fenêtre. Gayraud s’en explique notamment en ces termes :

« Notre métaphore de la fenêtre historique découle bien entendu de notre conception de l’horizon historique : celui-ci s’est imposé comme évidence herméneutique et celle-là en a logiquement résulté. Mais dans le cours effectif de l’histoire, c’est l’inverse qui se produit : c’est la fenêtre qui crée l’horizon. Avant de s’ouvrir sur lui, la fenêtre ouvre l’horizon, le fait apparaître en tant que tel. […] La fenêtre historique se fait image immémoriale, et nous retrouvons ici, inversée dans la camera obscura de l’histoire, ce qui a été défini, à la même époque par un philosophe et par un poète, comme la fonction essentielle de l’image : l’ouverture vers un ailleurs » (p. 92-93).

Mon objection consisterait à rappeler que la fonction pratique d’une fenêtre n’est pas d’ouvrir un horizon, mais d’introduire à l’intérieur de la maison la lumière du jour. En témoignent admirablement les tableaux de Vermeer : la lumière passant par la fenêtre transfigure la sereine intimité de la pièce, qu’il s’agisse de peindre un astronome à son bureau de travail, une laitière ou une femme lisant une lettre, vraisemblablement d’amour. S’il doit donc s’agir d’un horizon, plutôt que d’un jeu d’ombre et de lumière, alors il me semble que c’est le motif de la porte, davantage que celui de la fenêtre, qui est en cause. Gayraud, sans l’ombre d’un doute, voit pourtant bien ce en quoi le verrouillage en question est celui d’une porte, plutôt que d’une fenêtre :

« En 1935, dans une étude intitulée De l’évasion, Emmanuel Levinas adresse à son ancien maître Heidegger une critique radicale et qui, sur ce point, semble bien définitive : il lui reproche de river l’étant dans l’être, de postuler « l’inamovibilité même de notre présence ». […] A la lutte nécessaire contre l’incarcération du monde et des hommes doit répondre, dans l’ordre de la pensée, une sortie radicale et définitive de l’ontologie » (p. 180).

Qu’il s’agisse de sortir de l’ontologie ou du capitalisme, ce serait donc le motif de la porte qui permettrait de conjurer l’absence d’horizon, puisque c’est à condition d’ouvrir une porte qu’une rencontre peut succéder à une image [2], la fenêtre ayant davantage vocation, elle, ainsi que l’a montré Vermeer, à « façonner [un] cadre de vie comme une œuvre d’art ». Cela dit, il est possible d’interpréter la « fenêtre historique » de Gayraud comme l’ouverture sur l’ailleurs par laquelle l’incarcéré parviendra à s’évader ; ce que du reste on trouve précisément formulé à la page 69 :

L’humanité avance en aveugle le long d’un vaste corridor : parfois une trappe se dérobe sous ses pieds et elle s’enfonce dans la fournaise des batailles et des guerres, parfois une fenêtre s’ouvre et lui désigne un horizon. Elle n’a qu’à enjamber la balustrade en opérant un saut qualitatif pour échapper à la marche à tâtons.

Autrement dit, l’injonction serait finalement bien la suivante : « Disque constellé de prévisions, lance-toi hors de toi-même ».

Ivan Segré

[1Fayard, 2018, p. 152-153.

[2En ce sens, l’un des symptômes du verrouillage de notre époque, ce sont les amitiés imaginaires sur Facebook, la relation s’exerçant dorénavant via un regard jeté par la fenêtre, plutôt que via le franchissement d’une porte. Alors, l’image s’impose au détriment de la rencontre.

Plutôt couler en beauté dans Sud-Ouest

mardi 28 janvier 2020 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Sud-Ouest, le 19 janvier 2020.

Corinne Morel Darleux
propose un remarquable essai sur le « refus de parvenir »

« Parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. » Bernard Moitessier avait viré de cap, le 26 février 1969. Au passage de celui de Bonne-Espérance, le navigateur « préférait ne pas » gagner sa course autour du monde à la voile, pour voguer vers la Polynésie. Un demi-siècle plus tard, dans une « société qui déborde de trop plein, obscène et obèse, sous le regard de ceux qui crèvent de faim », Corinne Morel Darleux, femme politique, s’inspire du marin pour expliquer son choix proche de celui de Bartleby, le copiste d’Herman Melville.
Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, titre de l’essai, évoque le pas intérieur fait par son auteur. Contre l’effondrement en cours, Corinne Morel Darleux en appelle à l’otium antique. Temps de respiration vu comme un fondement de la sagesse, il s’oppose à celui, oppressant, de la réussite.
Invitation à la réaction, ce court texte vante le « refus de parvenir » comme résilience. « Livre d’intuitions », ces vertueux écrits louvoient entre humanisme et naturalisme.

Benjamin Ferret

Plutôt couler en beauté dans Le Parisien

mardi 28 janvier 2020 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Le Parisien, 19 janvier 2020.

Un pas de côté

Un petit livre, à mini-prix, qui fait son chemin depuis juillet dernier et en est à sa septième réédition, portant sa diffusion à 10 000 exemplaires. Mais que recèlent ces pages pour expliquer un tel succès ? Cette idée simple : « le refus de parvenir », que l’autrice décortique en tous sens. Ce qui pourrait sembler à certains une morose vue de l’existence devient sous sa plume une pépite de l’affect et de l’action. Corinne Morel Darleux, ancienne consultante pour les poids lourds du CAC 40, aujourd’hui conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes, installée dans les beautés du Vercors, embarque son monde dans le fabuleux sillage d’un marin de légende. Bernard Moitessier est ce fabuleux navigateur qui a remporté en 1969 la course autour du monde en solitaire, et qui renonça à rentrer au port chercher son prix, préférant tailler la route vers l’océan Pacifique et Tahiti. En déroulant la corde de la sobriété et son cheminement personnel, l’essayiste entremêle ses réflexions d’extraits de La Longue Route, le récit mythique du marin, et démontre que le « pas de côté » est possible, qu’il « n’implique ni de manquer d’ambition ni de bouder la réussite ». Mieux, qu’il restaure « la dignité du présent » et prépare notre suite à tous.

Nelly Terrier

Un steak dans Siné mensuel

mardi 28 janvier 2020 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Un steak dans Siné mensuel, décembre 2019.
Sous les couvertures graphiques qui ont fait leur réputation, les éditions Libertalia rééditent depuis dix ans les nouvelles oubliées de Jack London. Dans Un steak, un boxeur en fin de carrière s’apprête à affronter une jeune gloire montante. L’enjeu réel du combat est social. Si Tom King gagne, c’est trente billets dans la poche et il peut régler les dettes accumulées. S’il est mis KO, il rentrera chez lui sans même un penny en poche. Outre une description virtuose du match, l’auteur de Martin Eden ajoutait ainsi en 1909 à son œuvre prolétarienne un texte des plus impressionnants, aujourd’hui remis en circulation pour un prix très modique.

Lara Smith

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