Le blog des éditions Libertalia

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N. le petit

dimanche 14 novembre 2010 :: Permalien

« Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé. »

Victor Hugo, Napoléon le petit

Génération 45

jeudi 11 novembre 2010 :: Permalien

Nous ne résistons pas au plaisir de vous présenter l’incipit du récit de Jean-Pierre Biondi (Clio et les Grands Blancs), à paraître sous peu.

Certains d’entre nous – je veux dire appartenant alors à la génération des 15-20 ans – avaient connu la clandestinité, d’autres fait le coup de feu dans le maquis et sur des barricades, d’autres enfin émergeaient à la conscience politique.
En 1945, l’auréole de l’URSS, première puissance militaire victorieuse des nazis, et du PCF, le « parti des fusillés », était à son apogée. Le communisme attirait une part importante de la jeunesse ouvrière et des intellectuels. Le goût de l’histoire, l’indifférence aux réussites individuelles les rapprochaient. Les défilés organisés par le PC drainaient des centaines de milliers de manifestants réclamant le retour de Maurice Thorez et scandant inlassablement « Unité ! » à l’adresse des dirigeants SFIO retranchés derrière le mot « Démocratie ». Les oppositions de classe étaient aisément lisibles.
Dans mon lycée parisien, l’ancien collège Rollin devenu Jacques-Decour, du nom d’un professeur résistant fusillé, les enseignants communistes ou communisants (Lucie Aubrac, Jean Baby, Auguste Cornu, un ancien du Komintern que j’aimais beaucoup) étaient influents. L’ensemble des élèves, lui, venait de la classe moyenne (fils de commerçants et de fonctionnaires).
Deux raisons faisaient que mon éducation politique était plus avancée que celle de mes camarades d’études : j’étais le fils d’un parlementaire élu du Front populaire, résistant-déporté qui avait voté contre Pétain à Vichy, et j’étais né puis avais grandi dans une ville où j’avais été très tôt sensibilisé à une condition ouvrière encore digne de Zola, avant de vivre une partie de l’occupation nazie sous un pseudonyme.
Doté de ce bagage (et de sympathies libertaires pour Bakounine), j’ai fait la connaissance de jeunes trotskistes, Lucien Danon, lycéen, André Michel, typographe. Un peu plus âgés que moi (j’avais 17 ans), ils avaient à mes yeux le prestige d’une culture militante confirmée, me faisaient lire La Vérité, l’organe du PCI, et Victor Serge (Le Tournant obscur) sans me presser d’adhérer à leur organisation. Par eux, j’ai rencontré deux « responsables », Craipeau (alias Auger) et Parisot (alias Morand), et par ces derniers, un groupe de journalistes du quotidien Franc-tireur, fraîchement exclus des Jeunesses socialistes, puis Jean Rous.
À cette époque, qui favorisait un foisonnement militant intense, nourri de la conviction du « Grand soir » imminent, l’anticolonialisme constituait l’un des fondamentaux du travail révolutionnaire, s’exprimant par la solidarité avec les Indochinois déjà engagés dans la lutte de libération nationale.

Jean-Pierre Biondi

Un steak pour nourrir la lutte ?

samedi 30 octobre 2010 :: Permalien

J’ai souvent un peu de mal à définir Libertalia, qui est un ovni dans la galaxie des éditions indépendantes. Ces temps-ci, je ne me sens guère l’âme d’un « éditeur », c’est le militant anarcho-syndicaliste qui reprend le dessus.

Il faut dire que la période est enthousiasmante, en dépit des médias officiels qui nous vendent promptement la fin d’un mouvement. En deux mois, avec les camarades, nous sommes descendus dans la rue une bonne vingtaine de fois. Pour les « grandes journées d’action » bien entendu, mais aussi pour des petites manifestations symboliques comme ce mercredi 27 octobre au siège de Malakoff-Médéric, la société du frère Guillaume Sarkozy, ou lors de blocages comme celui du mardi 26 à l’aube, devant le dépôt RATP de Neuilly-sur-Marne. Cette ferveur entre gens souvent fort différents, ce sentiment de force et de fraternité, c’est ce que je retrouve dans la lutte, mais aussi ce que je vais chercher dans la littérature sociale et dans les témoignages des anciens.

Au cœur des manifestations, on ne croise guère d’artisans du livre critique. J’ai quand même aperçu à plusieurs reprises les éditions du Temps des Cerises et les éditions La Dispute (on leur doit le rassérénant L’Enjeu des retraites, de Bernard Friot).

Un steak est une petite nouvelle de Jack London. C’est l’une des plus sombres, mais aussi l’une des plus réussies. Elle raconte l’histoire du vieux Tom King (40 ans !) qui remonte sur le ring et combat un jeune adversaire en pleine ascension. S’il gagne, il pourra payer le loyer et nourrir sa famille…
« La boxe est le seul métier du corps où le dévorement organisé des anciens en déclin est indispensable à l’accomplissement de la nouvelle génération », nous dit Loïc Wacquant dans sa préface. Et de fait, ce thème du vieux boxeur sur le retour a été développé à l’envi au cinéma. L’un des exemples les plus récents est bien sûr Cinderella Man (De l’ombre à la lumière, 2005) avec Russell Crowe dans le rôle de James Braddock.
Cette nouvelle, je l’ai lue à l’âge de 15 ans et elle ne m’a jamais quitté. La voici rééditée avec une nouvelle traduction, illustrée par notre ami Thierry Guitard.

Entre deux manifestations, nous finalisons le livre Travailleurs, vos papiers du collectif Iena Mar. Nous avons bon espoir de l’envoyer à l’imprimerie la semaine prochaine. Nous numérisons également Les anarchistes espagnols, le gros livre de José Peirats publié en 1989 par Repères-Silena, épuisé depuis vingt ans. En ces temps de lutte, nous plongeons dans le passé pour y trouver des repères. Ce livre sera probablement édité en février.

Si vous êtes sur Paris le samedi 13 novembre à 16 h 30, passez donc écouter Sébastien Fontenelle, il présentera son dernier titre Même pas drôle à la librairie Publico.

N.N.

L’anarcho-syndicalisme et l’organisation de la classe ouvrière

vendredi 22 octobre 2010 :: Permalien

L’anarcho-syndicalisme et l’organisation de la classe ouvrière.
René Berthier. Éditions du Monde libertaire, 200 pages, 12 euros.

Durant la période qui va grosso modo de l’après 1968 à 1981, des syndicalistes libertaires membres de Force ouvrière (FO) et de la CFDT se sont rassemblés dans l’Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (dite « Alliance syndicaliste »). Partisans de la charte d’Amiens et plus encore de la charte de Lyon (celle de la CGT-SR, 1926, qui affirme la nécessité pour le syndicalisme de se développer hors et plus encore contre les partis politiques), ils ont développé des contacts étroits avec les ouvriers d’Usinor Dunkerque, les dockers CGT de Saint-Nazaire, à la BNP en région parisienne et dans l’alimentation… Le texte présenté dans ce livre est une réédition non actualisée (notamment au niveau bibliographique) d’une brochure parue en 1976. Synthétique et didactique, elle présente en quelques dizaines de pages un aperçu historique et théorique de l’anarcho-syndicalisme tout en laissant une grande place aux documents fondateurs de ce courant. Autogestion des luttes, contrôle syndical de la production, assemblées générales souveraines, révocabilité des mandatés… si tout ceci ne vous est pas familier, cette lecture sera fructueuse. Enfin, on rappellera que depuis la première édition de ce texte, plus encore depuis une grosse dizaine d’années, une organisation anarcho-syndicaliste s’est développée en France, elle lutte pied à pied dans le public comme dans le privé et en cette période d’intense mobilisation sociale, on ne peut pas la manquer, il s’agit évidemment de la CNT…

Contribution littéraire au débat en cours sur la grève reconductible

mercredi 6 octobre 2010 :: Permalien

Contrôle des négociations par la base, assemblées générales souveraines, refus des permanents syndicaux, refus des hiérarchies salariales, délégué-e-s élu-e-s et révocables, autogestion des luttes, tels sont les principes fondamentaux du syndicalisme révolutionnaire.

Sabotage en vertu du principe « À mauvaise paye, mauvais travail », boycott, grève reconductible, blocages, occupation et piquets de grève, telles sont les armes des salarié-e-s.

En 1909, dans The Dream of Debs, Jack London, compagnon de route des révolutionnaires nord-américains du SLP et des IWW, présente une autre arme qui a maintes fois fait ses preuves : la caisse de grève.

Un siècle après, la grille de lecture reste valable. La productivité des travailleurs a démesurément augmenté pour le plus grand profit du patronat ; la répartition égalitaire des richesses est toujours une priorité.

« Nous quittâmes Union Square pour nous engager dans le quartier des théâtres, des hôtels et des grands magasins. Les rues étaient désertes. Çà et là, nous rencontrions des automobiles en panne, abandonnées sur place. Nul signe de vie, à l’exception de quelques agents de police et de soldats de garde devant les banques et les monuments publics. Une seule fois, nous fîmes halte pour lire la proclamation qu’un syndicaliste collait : “Nous avons strictement maintenu l’ordre et nous le maintiendrons jusqu’au bout. Le mouvement cessera quand nos demandes seront satisfaites, quand les patrons auront été soumis à la famine, comme nous l’avons été si souvent par le passé.”

— Ce sont les propres termes de Messener, remarqua Collins. Pour ma part, je suis tout disposé à me soumettre, mais ils ne m’en fournissent pas la moindre occasion. Je n’ai pas pris un bon repas depuis une éternité. Je me demande le goût que peut avoir la viande de cheval.

Nous nous arrêtâmes devant une autre proclamation : “Quand nous estimerons nos employeurs disposés à se soumettre, nous ouvrirons les bureaux télégraphiques et nous laisserons communiquer entre elles les associations patronales. Mais nous ne tolérerons que les dépêches ayant trait à la résolution du conflit dans la paix.”

Au-delà de Market Street, nous entrions dans le quartier ouvrier. Ici, plus de rues désertes. Les hommes du syndicat discutaient en petits groupes. Des enfants jouaient, joyeux et bien nourris, et de plantureuses ménagères bavardaient, assises au seuil de leurs portes. Tous nous jetaient des regards amusés. Des gosses couraient après nous en criant :
Eh ! M’sieur ! Ça va l’appétit ?
 »

Extrait de la page 51 du recueil Grève générale !

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