Le blog des éditions Libertalia

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« Ce n’est pas une raison suffisante pour que je n’utilise plus ce mot »

mardi 14 janvier 2014 :: Permalien

Les lignes qui suivent datent d’il y a plus de quatre ans. Il s’agit d’un entretien réalisé pour le fanzine Barricata, à Jérusalem, avec le grand anticolonialiste israélien Michel Warschawski. Cela conserve une pertinence certaine.


Michel Warschawski — par Yann Levy.

« Ce n’est pas une raison suffisante pour que je n’utilise plus ce mot »

Ça veut dire quoi être antisioniste aujourd’hui quand on voit que ce qualificatif est employé en France par Dieudonné, Soral, Yahia Gouasmi, pour mener une campagne qui est en fait antisémite ? Il y a trois ans, tu as coordonné un livre qui s’appelait La Révolution sioniste est morte (La Fabrique, 2007). Qu’est-ce que ça signifie être sioniste ? Et se dire antisioniste, ça a une pertinence quand on vit en Israël ?

Michel : Cela fait beaucoup de questions en une seule. Je pense que la division sioniste/antisioniste est pertinente, même si souvent j’hésite à m’en servir quand c’est sous une forme raccourcie. Parce qu’il faut vraiment expliquer ce que ça veut dire. Il y a beaucoup de confusion : « antisioniste, c’est contre les Juifs », par exemple. Mais clairement, si je dois répondre à un Quizz et qu’on me demande si je suis sioniste, postsioniste, antisioniste, non sioniste, je coche sans hésiter « antisioniste ».

L’antisionisme est aussi ancien que le sionisme. Le sionisme est né comme un courant assez marginal en Europe centrale en particulier, et s’est développé au tournant du XIXe siècle en Europe de l’Est. Il s’est trouvé confronté à une immense majorité qui refusait ce mouvement, cette idéologie, cette conception, pour des raisons diverses : des raisons religieuses, des raisons socialistes — le Bund et les mouvements communistes qui étaient largement majoritaires au sein des couches populaires et ouvrières juives. Le sionisme a longtemps été un courant marginal puisqu’il voulait résoudre le problème de l’antisémitisme et la question juive par une « autoépuration ethnique », je dirais. Puisque l’Europe ne veut pas nous, on se casse. Et originellement, peu importe où : ils avaient négocié Madagascar, l’Ouganda, il y avait plein de plans un peu farfelus… Mais très rapidement, c’est devenu « on rentre chez nous ». Ce n’était plus la recherche d’un refuge, mais le retour, et là, c’est le glissement.

Que les Juifs cherchent une place où ils peuvent être moins persécutés, ce n’est pas négatif en soi, mais le problème, c’est quand ils squattent la maison d’un autre… Là ça devient problématique. Donc qu’est-ce que c’est que le sionisme ? Je donne ma définition. Le sionisme, c’est originellement résoudre la question de l’antisémitisme par le biais d’une colonisation en Palestine. Il y a donc deux choses dans le sionisme que personnellement, politiquement, philosophiquement, je rejette. La première, c’est celle des États ethniques, ça veut dire que la normalité c’est l’homogénéité, que le progrès veut que, avec le temps, les Empires – ottoman, tsariste, austro-hongrois – se désagrègent, libèrent le peuple et que chaque peuple ait sa maison à lui, son État à lui : un État serbe pour la nation serbe, un État slovène pour la nation slovène, un État croate pour la nation croate et un État juif pour les Juifs. La deuxième chose, c’est la colonisation du monde « non civilisé », en l’occurrence la Palestine, l’extrême ouest du monde arabe. Dans les deux cas, le sionisme n’a rien d’original. La colonisation est quelque chose de reconnu, de normal à la fin du XIXe siècle, et la création d’États ethniques aussi.

Je refuse ces deux aspects comme militant progressiste : je suis contre le colonialisme, qu’il s’appelle sionisme ou qu’il s’appelle autrement et qu’il soit français, anglais ou juif. Je suis contre l’État ethnique car il implique nécessairement, c’est intrinsèque à sa conception, une obsession d’épuration. Tu te fermes, tu fermes les frontières, tu pourchasses en permanence ce qui n’est pas toi. C’est une bataille contre l’amour, contre l’immigration libre. Ce n’est pas par hasard si en Israël, un des grands problèmes, c’est les mariages mixtes. En fait, le vrai problème là-dessous, c’est la question démographique, qui est au cœur du projet sioniste et de la politique israélienne. Les lois et les règles empêchent de vivre avec une personne non juive, parce que ça change la balance démographique. Cette notion de démographie est essentielle dans le sionisme. On parle de « danger démographique ». Comment freiner le nombre de non-Juifs en Israël, surtout les Arabes évidemment ? C’est obsessionnel et stratégique.

Que penses-tu de l’ambivalence du mot « antisioniste » ?

Ce n’est pas parce que Dieudonné ou une partie de l’extrême droite française utilise ce mot à tort et à travers, ou donne un contenu qui n’a rien à voir qu’on ne peut plus employer ce mot. Pour moi, c’est le même débat que sur le mot « communisme ». On dit : « Après ce qu’a été le communisme, on ne peut plus se dire communiste ! » Moi je me revendique de ce concept, il est à nous ! Il a été sali, d’autres l’ont utilisé pour dire tout à fait autre chose, mais c’est notre drapeau ! Je dirais la même chose pour le mot antisioniste. Si un connard comme Dieudonné ou un salopard comme Soral se disent antisionistes, ce n’est pas une raison suffisante pour que je n’utilise plus ce mot. Pour moi, c’est la même bataille que pour garder notre identité communiste. On ne me prendra pas cette définition. Il faut se battre doublement. D’abord foutre son poing sur la gueule à des antisémites qui se couvrent du drapeau d’antisionistes ou sous le drapeau de progressistes pour dire n’importe quoi. Faut leur casser la gueule, les dégager. Et aujourd’hui, le rapport de force permet de les dégager, ce n’est pas la majorité, loin de là. Et puis se battre contre ce vol, ce vol de drapeau et d’identité, mais certainement pas laisser tomber parce que les autres l’utilisent ! Alors qu’en plus c’est entretenu, manipulé, utilisé jusqu’à la corde par l’appareil de propagande israélien et ceux qui le soutiennent dans les communautés juives ou même dans les médias. Mais il faut mener ce combat et ne pas baisser les bras. Moi qui suis contre les murs, je dis qu’il faut un mur de 90 mètres de haut, hermétique, entre eux et nous lorsqu’on parle d’Israël, du sionisme ou des Palestiniens. On n’a rien de commun ! On ne veut pas les voir dans nos manifs. S’ils viennent pour la Palestine, on les fout dehors à coups de poing. C’était la vieille méthode et je suis pour qu’on les retrouve, ces vieilles méthodes, et qu’on arrête d’être des mous ! Ce sont des voleurs de mémoire, de noms et de bonne cause.

Propos recueillis à Jérusalem, en novembre 2009, par Charlotte Dugrand, Yann Levy et Nicolas Norrito

Histoire désinvolte du surréalisme, chronique du site Dissidences

lundi 13 janvier 2014 :: Permalien

Histoire désinvolte du surréalisme, Raoul Vaneigem - illustration de Bruno Bartkowiak

Histoire désinvolte du surréalisme.
Un compte rendu de Frédéric Thomas publié sur le site Dissidences.

Raoul Vaneigem
[Jules-François Dupuis],
Histoire désinvolte du surréalisme

Les éditions Libertalia ont eu la bonne idée de rééditer ce livre écrit au début de la décennie 1970 (publié en 1977) sous un pseudonyme, par Raoul Vaneigem, l’une des « têtes pensantes » de l’Internationale situationniste (IS, 1956-1972). Désinvolte, cette histoire l’est. Cependant, elle est loin d’être inintéressante et « légère ». Écrite rapidement, « à la demande d’une maison d’édition française » (p. 7), l’auteur a surtout voulu parer au plus pressé : revenir sur l’histoire du surréalisme, en rappeler la charge de révolte et d’humour, les enjeux et les limites.

Cet essai débute ainsi par une généalogie du mouvement, en le réinscrivant dans le courant plus général du romantisme et dans le prolongement « d’une “esthétique radicale” en “éthique radicale” » (p. 16) et dont l’origine immédiate est marquée par « la triple défaite de Spartacus, de Dada et de la révolution des conseils en Russie » (p. 22). L’auteur cherche également à réhabiliter l’aspect collectif et international – même si le surréalisme belge (pourtant bien connu par l’auteur) et, plus particulièrement, son principal théoricien Paul Nougé, sont peu abordés ; en raison très certainement de leur engagement stalinien après 1945 – ainsi que certaines figures dont la principale est Benjamin Péret : « l’élément le plus indépendant et le plus libertaire du mouvement » (p. 94).

L’intérêt majeur du livre est de situer les principaux nœuds du surréalisme : « la contradiction entre la rigueur volontariste et la compromission » (p. 22), le rapport au communisme entendu comme « façon plus décisive » de « rompre avec les hommes de lettres » (p. 32) mais réorientant et réduisant du même coup la portée de cette « révolution totale » à laquelle le mouvement entendait s’atteler, le commerce de l’art pratiqué par plusieurs surréalistes comme pendant au refus du travail, et le succès de la peinture surréaliste (p. 117). En ce sens, pour Raoul Vaneigem, le cas Dali constituerait, plutôt qu’un accident de parcours, « le meilleur exemple de la réussite et de la faillite du surréalisme ; échec de la créativité comme élément révolutionnaire, réussite de la parfaite intégration au vieux monde » (p. 123).

Bien sûr, le livre est écrit dans la perspective de l’IS, c’est-à-dire du dépassement de Dada et du surréalisme. Mais il est également écrit en fonction de l’éloignement, puis de la rupture entre Vaneigem et l’IS. Cette perspective et ce positionnement orientent l’interprétation en lui donnant tout son mordant… mais également ses limites. Si certaines contradictions sont bien ciblées, elles font l’objet parfois de belles formules plutôt que d’analyses – il en va ainsi de la poésie faite par tous entendue comme « autogestion généralisée » (p. 91). De plus, tout le discours sur la « récupération » du surréalisme, à l’heure où l’IS trouve une place de choix sur le marché, est à revoir à cette lumière crue. Enfin, la critique de Raoul Vaneigem s’inscrit dans une ambition de radicalité qui refusait la production d’œuvres et sanctionnait – il y a déjà plus de 50 ans – la mort de l’art. Les défauts et faiblesses des produits surréalistes doivent aussi se mesurer à une telle prétention – et à ses impasses. Soit à une certaine désinvolture qui aura parfois fait défaut à l’IS.

Frédéric Thomas

Construire un feu, dans Le Monde des Livres

lundi 6 janvier 2014 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

L’éditorial du Monde des Livres, daté du 27 décembre 2013, citait notre édition de Construire un feu.

Déjà le dégel

Dans La Reine des neiges, le nouveau dessin animé Walt Disney, une scène concentre la morale de ce conte librement inspiré d’Andersen : Olaf, le bonhomme de neige qui escorte Anna, jeune princesse au cœur glacé, allume un feu pour la sauver. Au péril de sa propre vie, le personnage de poudreuse choisit donc d’attiser les flammes. Ce geste ramasse les deux sentences qui structurent toute l’histoire. La première coule de source : « Seul un geste d’amour sincère peut dégeler un cœur de glace. » La seconde : « Le froid est pour moi le prix de la liberté », nous emmène du côté de l’existentialisme sartrien : c’est parce qu’il est une contrainte impitoyable que l’hiver met au défi ma capacité à faire des choix, et d’abord celui de la fraternité.

Le froid comme épreuve de liberté, la solidarité pour seul engagement : on retrouve cette double leçon au cœur de Construire un feu, brève nouvelle de Jack London (1876-1916) rééditée par une petite maison libertaire dans une nouvelle traduction et sous la forme d’un volume illustré (Libertalia, 78 p., 7 €). C’est encore l’histoire d’un face-à-face avec l’hiver. Malgré les avertissements des anciens (on ne marche jamais sans un compagnon par – 45° C), un homme part seul à travers le Grand Nord, avec ses moufles d’Alaska, ses chaussettes allemandes et ses biscuits au bacon.

Tout le talent de London consiste à orchestrer la lente déchéance de cet être présomptueux, qui croit pouvoir se passer d’autrui. Bientôt, son crachat crépite sur la neige, sa barbe se couvre de givre, ses orteils perdent toute sensibilité. Pour vérifier qu’elles se trouvent toujours au bout des bras, il doit chercher ses mains du regard. Et le feu, lui, se dérobe à chaque tentative de le faire prendre. Seul un camarade pourrait l’aider à craquer l’une de ses allumettes soufrées, martèle le narrateur de cette nouvelle qui se lit comme un conte philosophique.

Cette belle allégorie ravive le feu d’une certaine espérance. Elle entretient la chaleur de l’émancipation parmi les hommes qui ont renoncé à un avenir radieux sans se résoudre à avoir un cœur de glace.

Jean Birnbaum

Les Prédateurs du béton dans Le Canard enchaîné

mercredi 18 décembre 2013 :: Permalien

Chronique des Prédateurs du Béton parue dans Le canard enchaîné du 18 décembre 2013.

Péage ou pillage ?

Version rose : avec un chiffre d’affaires de 38,6 milliards d’euros et un bénef de près de 2 milliards, Vinci est une multinationale conquérante et moderne. Grâce à ses activités multiples dans les parkings, les autoroutes, le BTP, les aéroports, le TGV, les stades de foot, etc. Ce qui permet à ses 192 700 salariés d’apprécier pleinement ce slogan maison : « Les vraies réussites sont celles que l’on partage. »

Version noire : Vinci est constitué d’un agglomérat de quelque 2 500 entreprises hétéroclites. « Cette échelle humaine tant célébrée, note le journaliste Nicolas de la Casinière1, est aussi le lieu du paternalisme, du corporatisme et des rapports de force, forcément moins favorables aux salariés les plus isolés.  » Taux de syndicalisation encore plus bas que chez Bouygues ; recours à l’intérim de travailleurs déplacés ukrainiens, portugais, polonais ; conditions de travail pas toujours idéales (salarié de sa filière Eurovia mort d’un cancer de la peau après vingt ans à étendre du goudron sur les routes)…

Version rose : c’est notamment grâce au récent rachat, pour 3 milliards d’euros, de dix aéroports portugais que Vinci se porte bien : « Le trafic aérien, qui partout progresse plus vite que le PIB, a l’avantage de ne pas subir la morosité de la conjoncture terrestre » (Les Échos, 12/12).

Version noire : c’est sous l’injonction ferme du Fonds monétaire international et de l’Union européenne de réduire sa dette publique que le Portugal a dû privatiser ses aéroports, dont Vinci a obtenu la concession pour un demi-siècle. « Le groupe Vinci sait toujours profiter des crises qui agitent le globe.  »

Version rose : toujours d’après Les Échos (12/12), « c’est pour ne pas obérer les budgets municipaux que les premières concessions de parkings voient le jour dans les années soixante », et Vinci de les rafler quasi toutes. « Mais le “hit” de la période sera le rachat des Autoroutes du sud de la France, en 2005 », avec des concessions très juteuses et à très long terme…

Version noire : avec les péages, dont les prix augmentent chaque année bien plus que l’inflation, Vinci a «  érigé un système de pillage des usagers et des citoyens  ».

Version rose : Vinci a réintroduit 566 écrevisses à pattes blanches dans deux ruisseaux près de Besançon, et «  s’efforce d’atteindre les meilleurs standards environnementaux ».

Version noire : ses chartes «  sont pleines d’engagements peu engageants ».

Version rose : Vinci a emporté la construction du premier tronçon de l’autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg, du sarcophage de Tchernobyl, de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, etc. «  Jamais l’humanité n’a autant construit  », triomphe son pédégé.

Version noire : « une réussite où enfumages, avantages et pourcentages se partagent à tous les étages.  »

Devinette : quelle est la version la plus proche de la réalité ?

Jean-Luc Porquet

Les Rois du rock en musique

vendredi 13 décembre 2013 :: Permalien

C’était il y a déjà une éternité, le 2 juin 2013, au Centre international des cultures populaires (CICP). On y a dignement fêté la sortie du disque Les Rois du rock, bande-son du livre de Thierry Pelletier.

Quelques images tournées par Alain Caron, en souvenir.

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