Le blog des éditions Libertalia

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Jean-Pierre Biondi et l’anticolonialisme, Radio Libertaire

mardi 29 mars 2011 :: Permalien

Émission de Radio Libertaire "Chroniques rebelles" du 26 mars 2011, avec Jean-Pierre Biondi et les éditions Libertalia pour le livre Clio et les Grands-Blancs.

1910, Naissance de la CNT

vendredi 18 mars 2011 :: Permalien

En ce moment, nous travaillons à la réédition du livre Anarchisme et révolution en Espagne, de José Peirats, publié initialement en français par Repères-Silena en juin 1989. Il s’agit d’une somme d’environ 550 pages sur la période 1869-1939. Un livre ardu et passionnant qui répond à bien des questions que l’on peut encore se poser aujourd’hui : comment s’organise une société sans État ?
Pour éviter de laisser passer trop d’erreurs, de « coquilles », nous lisons ou relisons de nombreux ouvrages sur cette page importante de l’histoire sociale. Parmi nos lectures, en voici une très récente
.

1910. Naissance de la CNT.
Éditions CNT-RP, 2010, 15 euros.

Il y a un peu plus de cent ans, le 30 octobre et le 1er novembre 1910, au Palacio de Bellas Artes de Barcelone, les quelque 125 délégués ouvriers présents au congrès de Solidaridad Obrera (SO), décidaient de transformer l’organisation régionale catalane en une nouvelle confédération regroupant toutes les sociétés ouvrières espagnoles. Seuls les socialistes, proches de l’Union générale des travailleurs (UGT), refusèrent sa création. La CNT était née. Mais, et c’est là l’intérêt principal de ce livre, cette naissance laissa une faible empreinte dans l’histoire sociale espagnole. En fait, elle est quasiment passée inaperçue.

La CNT s’est en effet constituée dans un contexte difficile pour le mouvement ouvrier, quinze mois après la « semaine tragique » de juillet 1909 qui s’acheva par l’exécution de Francisco Ferrer et une implacable répression faisant fondre les rangs de SO de 15 000 à 4 000 membres…

Miguel Chueca, qui a traduit et présenté (admirablement) cet ouvrage, est parti à la recherche des rares sources qui permettent de restituer l’ambiance de ce congrès : il s’est principalement appuyé sur le compte rendu publié par l’hebdomadaire Solidaridad Obrera en novembre 1910 ainsi que sur une brochure préfacée par José Peirats en 1976. Il nous explique qu’à l’exception de José Negre, nul militant notoire ne participa au congrès de fondation ; que les délégués de la CNT étaient influencés par le syndicalisme révolutionnaire de la CGT française ; que les débats peu passionnés portèrent sur la question du coût des loyers, la durée du temps de travail, la nécessité de se doter d’un organe de presse quotidien, etc. Le nom de la confédération n’était pas tout à fait défini au terme du congrès ; les questions d’organisation interne furent négligées. En fait, il fallut attendre les années 1914-1915 pour que la CNT s’organise vraiment à l’échelle nationale, puis le congrès de 1919, où riche déjà de 750 000 adhérents, elle s’assigna le « communisme anarchique » comme but final.

En attendant L’homme double

jeudi 10 mars 2011 :: Permalien

Version couleur de l’illustration de couverture de Victor Serge, l’homme double à paraître ce mois de mars.
Dessin de Thierry Guitard.

La Flottille

lundi 7 mars 2011 :: Permalien

La Flottille.
Solidarité internationale et piraterie d’État au large de Gaza.

Thomas Sommer-Houdeville.
Zones, 2011, 12 euros.

Le 31 mai 2010, en pleine nuit, la marine de guerre israélienne attaquait six bateaux civils hors de ses eaux territoriales. Chargés d’aide internationale, ils étaient en route pour Gaza. Outre l’enjeu humanitaire, la flottille poursuivait un but hautement symbolique : briser le blocus de cette enclave devenue une immense prison à ciel ouvert depuis la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006, la fin du gouvernement d’union nationale palestinien en 2007, et l’opération « Plomb durci » de décembre 2008.

Thomas Sommer-Houteville, militant du NPA très investi dans le soutien au peuple palestinien, était à bord de la flottille. Dans ce livre-témoignage, il revient sur la préparation de la mobilisation, évoque la relative indifférence des militants français, s’enthousiasme pour la solidarité témoignée par le peuple grec, et nous livre, avec force détails et dans un style proche de l’oralité, ses impressions au jour le jour. On revit avec lui les espoirs et les craintes à l’approche du rivage gazaoui, la peur et l’indignation suscitées par l’opération militaire nocturne qui se solde par la mort de neuf internationaux et une cinquantaine de blessés, principalement des Turcs naviguant à bord du Mavi Marmara.

L’auteur raconte l’assaut de son bateau par de (très) jeunes militaires qui veillent à être toujours scrupuleusement cagoulés pour masquer leur identité, il évoque les fortes pressions subies lors de la détention par des militaires francophones qui lui promettent de lui « régler son compte à Paris », ou les procédures kafkaïennes qui aboutissent finalement à son expulsion vers la Grèce.

Aujourd’hui, Thomas Sommer-Houdeville se prépare à repartir pour Gaza à bord d’une flottille qui devrait être bien plus importante. Ce livre s’inscrit dans une campagne de solidarité internationale.
Pour en savoir davantage, cf. www.unbateaupourgaza.fr

Brigate Rosse, une histoire italienne

samedi 26 février 2011 :: Permalien

Brigate Rosse, une histoire italienne
Mario Moretti, avec Carla Mosca et Rossana Rossanda.
Traduction d’Olivier Doubre. Éditions Amsterdam, 360 pages.

On entend régulièrement parler de l’Italie des « années de plomb », mais qu’en connaît-on vraiment, y compris dans les milieux militants ?
Il y a une dizaine d’années, pour Barricata, j’avais réalisé une petite interview de Cesare Battisti à la suite de la lecture de Dernières cartouches, un récit à caractère autobiographique signé par cet ancien membre des Prolétaires armés pour le communisme. À l’époque, Battisti se pensait protégé par la « doctrine Mitterrand » qui accorda en 1985 un refuge à tous les militants italiens « extraparlementaires », à condition qu’ils renoncent à l’usage des armes. Au cours des années 2000, l’État français est revenu sur la parole donnée par l’ancien Président. Les extraditions et les menaces de longues peines en Italie se sont multipliées : d’abord Paolo Persichetti, membre de la dernière génération des Brigades rouges, les « BR-UCC » ; puis Cesare Battisti, qui a fui au Brésil avant d’y être arrêté, mais n’a pas été extradé (dernier geste politique de l’ancien syndicaliste Lula) ; enfin, Marina Petrella, membre de la colonne romaine des BR, non extradée in extremis grâce à l’intervention de… Carla Bruni.

De l’Italie de l’après-68, je ne savais presque rien jusqu’à la publication d’Insurrection (éditions Nautilus, 2010), un récit sur l’autonomie milanaise de 1977, rédigé en prison par Paolo Pozzi ; et la lecture de l’exceptionnel ouvrage dont il est ici question.

On assiste ces temps-ci à un regain d’intérêt pour cette période, confirmé par l’adaptation récente que la Compagnie Jolie Môme a donné de Faut pas payer (Dario Fo) et la traduction en cours de L’Orda d’oro (Nanni Balestrini).

Brigate Rosse, une histoire italienne est un livre constitué d’entretiens entre Mario Moretti, l’un des fondateurs et animateurs des Brigades rouges, Carla Mosca (chroniqueuse judiciaire) et Rossana Rossanda (fondatrice du journal de la gauche critique Il Manifesto). Les deux journalistes ont interviewé Mario Moretti – avec empathie mais sans complaisance – durant six jours en 1993. La première édition italienne a vu le jour en 1994. Il a fallu attendre seize années supplémentaires pour obtenir la présente version française ; on doit la traduction, l’avant-propos et le solide appareillage critique à Olivier Doubre, journaliste à Politis.

Dans cet entretien au long cours, qui couvre la période 1968-1987, on suit toute l’aventure des Brigades rouges, nées dans le sillage de Mai-68 dans le nord industriel de l’Italie. Première surprise, les BR ne sont pas issues du mouvement étudiant ni de la classe moyenne, mais du monde ouvrier. Elles se sont constituées en marge des chaînes de montage des usines Fiat, Pirelli, Siemens ou Alfa Romeo de Turin, de Milan, autour du port de Gênes et des complexes pétroliers de Venise. Elles appartiennent à l’histoire ouvrière de l’Italie, ce que nient encore aujourd’hui les organisations politiques et syndicales. Deuxième surprise : jusqu’au milieu des années 1970, le mouvement a pu compter sur la bienveillance des militants communistes du PCI. Contrairement à la Rote Armee Fraktion (RAF), les BR – qui comptèrent un millier de membres au total – s’appuyaient sur des dizaines de milliers de sympathisants qui ont permis de planquer les clandestins, de relayer logistiquement et politiquement les actions.

Comme l’écrit Rossana Rossanda, « les Brigades rouges sont nées d’une espérance et baignaient dans un mouvement ouvrier, plus grand qu’elles et au-dessus d’elles […]. L’essentiel était qu’il existe en Italie une lutte de classes radicale : il s’agissait de lui donner un symbole et d’être son bras armé. […] Pour Moretti, il n’y eut qu’un seul lieu où le face-à-face avec le pouvoir s’était révélé absolument inconciliable : l’usine. Et les Brigades rouges en étaient l’expression la plus déterminée. »

En écoutant Mario Moretti, on comprend le contexte qui a donné naissance aux BR : entre 1950 et la fin des années 1970, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont causé la mort de 250 personnes ( !) ; à l’automne 1969 survient l’attentat fasciste de la piazza Fontana. Pendant plusieurs années, l’État (dirigé par la Démocratie chrétienne) et les milices d’extrême droite parient sur la stratégie de la tension ; le PCI craint un scénario semblable à celui du Chili.

Les BR se constituent dans les usines. Il n’y a jamais plus de dix membres par brigade. Des « punitions » physiques sont infligées aux petits chefs, à la maîtrise. Ceux qui basculent dans la clandestinité recourent aux braquages, aux enlèvements de patrons qu’ils libèrent contre rançons. Tout ceci s’apparente à une forme de syndicalisme armé.

À partir de 1974, les arrestations se multiplient. Les BR se détachent de leur milieu ouvrier d’origine pour ressembler à n’importe quel groupe armé. Le sang coule de part et d’autre. Le 16 mars 1978, l’organisation enlève Aldo Moro. Elle souhaite monnayer cet homme politique de premier plan (président du Conseil à plusieurs reprises) contre 13 prisonniers. La captivité dure 55 jours. L’État ne cède pas. Mario Moretti abat Aldo Moro : « Cela a été une épreuve terrible dont je porte la blessure à jamais.  »

Dès lors, les BR sont en roue libre : en janvier 1979, elles abattent Guido Rossa, un militant du PCI qui a dénoncé l’un des leurs à la police. Lâchés par l’opinion, victimes de dissensions internes (largement développées dans le chapitre VII), les brigadistes sont traqués par le général Dalla Chiesa, l’un des artisans de la doctrine de contre-insurrection puis emprisonnés en vertu de lois antiterroristes exceptionnelles.

Pour Mario Moretti, la cavale s’achève le 4 avril 1981. Cela fait donc trente ans qu’il dort en prison. Et cela fait près de 25 ans qu’il a officiellement renoncé aux armes.

Ce livre laisse une impression de vertige. Il rappelle que les avant-gardes sont vouées à l’échec. L’alternative politique ou syndicale, fût-elle armée, ne peut se couper des masses.

N.N.

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